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Section du Gard

GERARD BARDY ETUDIE
« LES FEMMES DU GENERAL »
par Daniel J. Valade
S'il en était besoin, la photo rassurera les plus sourcilleux On y voit le Général, « vieil homme recru d'épreuves » comme il se définit lui-même, très souriant (même des yeux !) offrant élégamment à Yvonne une fleur qu'elle accepte en riant. Autre signe, cet ouvrage est édité chez Plon où C. de G. publia ses Mémoires !!! Enfin, Gérard Bardy, qui signa (nous en avons parlé ici même) un excellent et très informé « Les moines- soldats du Général » ne ferait pas dans le sensationnel ! Il n'y a pas, d'ailleurs, matière !
C'est donc le portrait de 5 dames que ce journaliste brosse en 28O pages assorties de 8 de photos. Son INTRODUCTION, intitulée subtilement » LA CAUSE DES FEMMES », rappelle la mission que se fixa le G. : « conforter le statut social et juridique de la femme, de la mère et de la citoyenne dans une France dont il savait qu'elle allait changer radicalement de visage ». L'auteur appelle Mme Roland, Olympe de Gouges, Condorcet, et retrace le combat des Suffragettes. Evidemment, le droit de vote aux femmes est souligné, tout comme la même mesure au bénéfice des femmes musulmanes. Il évoque Nafissa Sid Cara, enseignante algérienne, première femme membre d'un gouvernement de la République. Les 6 femmes Compagnons de la Libération sont citées avant que « des droits nouveaux pour les épouses » depuis 1965 soient décrits.
Chronologiquement, c'est « JEANNE, SA MERE PIEUSE ET PATRIOTE », qui ouvre, en 11 pages denses, la galerie de portraits. On y retrouve la généalogie des de G., la référence au catholicisme social, le rappel du cursus militaire du fils et le cheminement de ses propositions tactiques qui rendront si fière sa mère, décédée après le 18 Juin.
« YVONNE, SANS QUI RIEN NE SE SERAIT FAIT », occupe 100 pages qui débutent avec son attitude d'une dignité racinienne lors de la mort de son époux. On revient ensuite au milieu familial de celle dont la première sortie avec Charles fut au musée, et on saura pour voir quelle oeuvre ! Les étapes de la carrière de l'époux militaire se mesurent aux domiciles qu'elle aménage, souvent dans l'inconfort des garnisons. On croise les collaborateurs du Général, plus ou moins appréciés la famille de Boissieu. On vit la traversée du désert, les temps à la Boisserie (dont nous vous recommandons la visite que nous avons faite récemment, les lieux étonnant par leur simplicité). Les moments souvent cruels de la vie politique commandent la vie privée dont le sommet s'incarne en la visite du chancelier Adenauer sous le toit familial le 21 décembre 1958. Yvonne et les attentats subis, ses réticences aux élections auxquelles se confronte son mari (notamment celle de décembre 1965), sa vie de « globe-trotter », Mai 68 et la suite de sa vie après le décès de Charles sont autant d'éclairages qui permettent de mieux comprendre la cohésion de ce couple emblématique tout comme pas mal d'épisodes politiques contemporains.
« ANNE, CE TOUT PETIT » précise, de façon aussi directe, simple qu'émouvante, au fil de 24 pages très sensibles (notamment de témoignages de proches), comment Anne détermine la vie familiale. On y partage la tendresse active du père. On lira combien la situation de cette jeune trisomique a inspiré la loi pour les handicapés (3 Janvier 1968), premier texte après celui, bien lacunaire, de 1839. On sera également très sensible au beau texte extrait des cahiers du père Bourgeon évoquant ses rencontres spirituelles avec le Général.
« GENEVIEVE, L'AUTRE DE GAULLE », fille du frère aîné du Général, est gardoise ! Son père, Xavier, y fut ingénieur civil des mines. Tôt orpheline de mère, elle dut « faire face au destin en allant à l'essentiel ». Trop de décès de femmes de sa famille lui forgent le caractère. M. Bardy retrace ses actes de résistante qui, par trahison, la conduisent à Fresnes où elle rencontre Germaine Tillion, éminente ethnologue. Déportée, on saura de qui elle est l'objet d'un déshonorant chantage politique. Geneviève Anthonioz, qui a vécu tant de misères derrière les barbelés des camps, se consacra à » Aide à Toute Détresse Quart Monde ». Elle fait voter, après un rude et long combat, la loi du 9 Juillet 1998.Elle entre au Panthéon avec Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay, le 27 Mai 2015.Un centre médico-social de Nîmes porte son nom, à l'initiative de Jean-Paul Fournier.
« ELISABETH DE MERIBEL, JEANNE D'ARC DE LA FRANCE LIBRE », sera la dactylographe de l'Appel du 18 Juin. Cette descendante de Mac Mahon étudie en Autriche et y perçoit les risques que fait courir Hitler. Le tracé de son parcours permet à l'auteur de revenir sur les encycliques catholiques sur le thème des sciences. Fonctionnaire auprès de Paul Morand, à Londres, elle y reste auprès du Général alors que le diplomate mondain rejoint, lui, le maréchal ! On lira une remarque à la fois lucide et puissante de de Gaulle sur les riches (p 249). On apprend son action gaulliste au Canada et on croise, comme elle, Jacques Maritain, Thierry d'Argenlieu, l'amiral Muselier. On la suit, depuis Alger, via l'Italie, jusqu'à la libération de Paris (épisodes rocambolesques qui illustrent la volonté de fer de cette dame). Après avoir rejoint le service de presse du Général, elle entrera au Carmel, en sortira puis, critiquée car elle travaille avec Pierre Mendes France (qui fut ministre de de Gaulle), deviendra diplomate. On lira avec beaucoup d'attention leurs échanges épistolaires, tout de franchise, d'admiration et de respect mutuel.
« LES FEMMES DU GENERAL », s'impose comme un ouvrage précieux. Par son parti historique, sa documentation, tout ce qu'il nous apprend des années durant lesquelles ces dames agirent. Mais, surtout, ces portraits, une fois l'ouvrage refermé, tissent un univers dont les influences furent essentielles pour Charles de Gaulle tout au long de la saga dont il est le héros. Leurs personnalités, certes diverses, sont toutes marquées par un caractère très trempé, une grande rigueur, cette « certaine idée de la France » qui est le centre vital de la philosophie gaullienne. En cela, Gérard Bardy reçoit notre reconnaissance pour avoir ajouté des tesselles fondamentales à la vaste mosaïque retraçant l'histoire de l'un des hommes les plus exceptionnels de l'Histoire auprès duquel les femmes, aussi, jouèrent leur partition !
D.J.V.


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