Logo de la Société des Membres de la Légion d'Honneur Ruban de la Société des Membres de la Légion d'Honneur
Section du Gard

NOCES DE PLATINE DES PASTEURS CHARLES ET JOSIANE GABEL
Le Vigan, samedi 28 septembre 2019
Monsieur le Président de la Société des Membres de la Légion d'Honneur du Gard,
Monsieur le Président de l'Association Gardoise des Membres de l'Ordre National du Mérite,
Messieurs les représentants des cultes,
Mesdames et Messieurs les élus et anciens élus,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Cher Charles, Chère Josiane
Lorsque que vous m'avez fait part de votre invitation à participer à la célébration de vos noces de platine, je me suis demandé pourquoi vous teniez tant à rendre public ce qui relève avant tout de la sphère privée, voire familiale.
Tout d'abord vous m'avez rassuré : cet anniversaire avait bien été fêté dans l'intimité familiale il y a quelques semaines et j'imagine sans peine vos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, réunis autour de vous pour vous exprimer l'affection profonde qu'ils vous portent.
Mais en ce jour, vous avez souhaité également associer vos amis à ce moment unique, qui - je dois l'avouer - me renvoie à ma propre existence, comme c'est sans doute le cas pour bon nombre de ceux qui sont ici présents ce matin.
Je note d'abord que mon épouse et moi, n'atteindrons jamais une telle longévité et à l'occasion de cet anniversaire je me suis donc inquiété de savoir, si après 35 ans de mariage le mois prochain, je célébrerai des noces de flanelle ou de papier mâché. Puis j'ai appris qu'après les noces d'argent (comptez 33 !) les noces de perles (34 ans), nous en arriverions aux noces de rubis - inutile de vous dire que je me suis bien gardé d'apprendre cela à mon épouse !
Puis poursuivant ma recherche je découvre que vous entrez - en ce qui vous concerne - dans une dizaine qui va des noces de platine, aux noces de titane, en passant par la fonte, le zinc, la silice pour terminer à 80 ans - car cela parait être le terminus de cette symbolique - par les noces de chêne.
Autrement dit, si les premières années sont brillantes et flattent l'oeil vous entamez, pour votre part - et la symbolique des métaux est là pour l'affirmer - une dizaine qui couronne et confirme, dans la succession des années, la solidité de votre union depuis le temps lointain de votre mariage.
Mais j'en reviens à ma question initiale, pourquoi l'affichage public de ce bonheur conjugal ?
Un mot me vient spontanément à l'esprit : c'est celui de témoignage.
Toute votre vie est placée finalement sous ce mot exigeant et en commémorant ces 70 ans de vie commune vous nous apportez un triple témoignage :
- C'est d'abord l'affirmation que l'on peut être fidèle à une parole qui engage une vie entière à deux dans la durée : du serment initial de fidélité jusqu'à la mort. Malgré les vicissitudes inévitables de la vie, les deuils et chagrins vécus ensemble, les difficultés que tout couple affronte, il est aussi de grands moments de bonheur, de complicité, d'émotions et d'engagements partagés qui vous font regarder avec constance dans la même direction.
Ceci est une première leçon, qui à elle seule mérite d'être soulignée dans une société où cohabitent toutes les formes de vie à deux, où l'on peut se marier, se pacser, se compagnonner, s'engager, puis changer d'avis, divorcer, se retrouver, constituer une famille aux contours variables, voire incertains, prononcer des paroles en l'air, des serments de pacotille, et en chaque circonstance faire prévaloir son individualisme et sa recherche de plaisir dans un tourbillon vain et destructeur, sans pour autant s'épanouir et y trouver la joie de vivre.
- Mais vous offrez, aussi, un autre témoignage, c'est celui d'un couple ouvert sur le monde, animé par votre foi en Dieu et en l'homme, cela sans naïveté, mais avec une infinie bienveillance et compassion. Pasteurs tous les deux, vous vous êtes spontanément mis à la disposition du prochain quel qu'il soit, manifestant qu'au feu de votre foyer n'importe quel frère humain, ou soeur, pouvait venir se réchauffer, trouver assistance, se prendre à espérer à nouveau et reprendre des forces.
Voilà un autre exemple que vous donnez à une société égoïste au sein de laquelle les couples ont tendance à s'enfermer derrière les portes de leurs demeures, pensant que le bonheur se construit dans un égoïsme partagé. Ils ne tarderont pas à apprendre que ces portes sont celles d'une prison, alors qu'au contraire vous nous offrez le témoignage du don de soi et de la joie profonde qui trouve là sa source.
- Tous les deux vous avez exposé votre vie en différents pays du monde mettant en avant votre foi et vos convictions pour enseigner, bâtir, construire avec d'autres, des structures durables de solidarité qui vous survivent et qui continuent d'apporter secours et assistance. Sans relâche vous avez contribué à améliorer la vie des hommes en donnant tout son sens au mot fraternité.
Alors qu'autour de nous bien des personnes s'engagent dans la cité en poursuivant des finalités inavouables et intéressées, courant derrière leur propre gloire et la satisfaction de leur vanité vous nous apportez le témoignage du désintéressement, de l'effacement, de l'humilité, vertus proprement protestantes qui vous rendent à nos yeux si exemplaires et si attachants.
Disciples du Christ et de son message, ayant voué votre vie à l'humanité, parents d'une famille nombreuse, témoignant par la diversité de vos adoptions de votre universalisme, voyageurs infatigables et toujours engagés au quotidien dans la vie de la cité malgré les difficultés physiques de l'âge, vous êtes de ces êtres rares et rayonnants qui ouvrent des voies d'espérance au coeur de tous ceux qui vous connaissent ou croisent votre route.
Oui, vous nous dites par tout ce que vous êtes, par la pluralité de vos engagements, qu'il est des vies qui valent la peine d'être vécues.
Maintenant, je sais pourquoi cette célébration devait être publique.
Au-delà des significations multiples dont témoigne cet anniversaire, c'est encore un don que vous faites en nous invitant à partager votre joie.
Vous me pardonnerez de terminer par une anecdote.
Alors que nous arrivions au terme de la semaine de « La fraternité et du Vivre Ensemble », initiée en 2013 dans ce département pour lutter contre toutes les formes de discrimination qui s'affichaient ouvertement après des actes racistes d'une gravité particulière commis à Aigues-Mortes et en d'autres lieux, j'avais réuni en préfecture les enfants des écoles qui avaient participé à l'élaboration d'un timbre destiné à promouvoir le mot Fraternité de notre devise Républicaine.
Le dessin qui fut primé par le jury était constitué d'une succession de petits carrés de couleur bleue, au sein desquels se détachaient des visages qui nous regardaient, suffisamment flous pour qu'on ne sache s'il s'agissait d'enfants ou d'adultes. Les différentes couleurs de peau, et de cheveux témoignaient de la diversité des hommes et des femmes qui peuplent notre terre.
Alors qu'entouré des auteurs du dessin je me taisais après les avoir longuement félicités en commentant leur dessin, sa signification et l'harmonie de l'ensemble, s'en suivit un long et lourd silence. Puis une jeune fille pris la parole : « Vous n'avez pas tout vu, Monsieur le Préfet ». Je fus interloqué : « Que n'ai-je pas su voir ? ». La réponse surgit avec gravité : « Chacun a le droit à un morceau de ciel bleu ». Elle avait raison, je n'avais pas vu l'essentiel : le bleu du ciel derrière chaque visage.
Ce souvenir - vous l'avez compris - ne vient pas maintenant sans raison.
Très bon anniversaire, cher Charles, chère Josiane et merci du fond du coeur pour nous faire entrevoir, par votre vie, le bleu du ciel !
Hugues Bousiges
Préfet Honoraire


Retourner à l'historique des activités



  © SMLH - 2016